Enfant, je m’allongeais dans l’herbe pour regarder passer les nuages.
Je n’avais pas encore les mots pour dire ce que je ressentais.
Quand l’émotion me traversait, je pleurais — non de tristesse, mais d’intensité.

J’ai grandi avec une forte pression intérieure.
Pas vraiment de la solitude,
mais une difficulté à créer des liens.
Je ne voyais que la lumière.
L’ombre restait invisible.

Avec le temps, j’ai découvert le poids de l’invisible :
les pensées envahissantes, les contradictions, les pulsions.
La nuit surtout, quand le bruit du monde s’efface,
tout remonte.

La violence. Le désir. La peur.
Ce que nous préférerions ignorer.

Je ne cherche plus à combattre l’ombre.
J’apprends à me déplacer avec elle.

Ma peinture naît de cet espace.

Il n’y a pas de sujet fixé à l’avance.
Seulement la matière — résistance, pression, densité, couleur.
Je travaille contre la toile comme on lutte contre la gravité.

Il ne s’agit pas de transmettre un message.
C’est une nécessité.
Transformer la tension intérieure en forme.

Le monde dans lequel nous vivons est saturé de pression —
performer, se conformer, réagir.
La peinture devient ma réponse à cette tension

Autrefois, je composais de la musique.
Des symphonies entières semblaient exister en moi.
Ce monde est devenu silencieux.

Il reste l’effort de faire surgir une forme à partir de la tension.

Pour moi, l’art est un ancrage.
Une manière de rester en contact avec le réel.

Et le réel n’est pas abstrait.

Il est dense.
Il résiste.
Il exige une présence.

Seul ce qui est vécu, incarné, partagé
a du poids.

Le reste se dissout.

As a child, I used to lie in the grass and watch the clouds pass.
I didn’t yet have words for what I felt.
When emotion overwhelmed me, I cried — not from sadness, but from intensity.

I grew up with a strong inner pressure.
Not loneliness exactly, but difficulty forming bonds.
I saw only the bright side of things.
I did not yet understand shadow.

Over time, I discovered the weight of the unseen:
intrusive thoughts, impulses, contradictions.
At night especially, when distractions fall away,
everything surfaces.

Violence. Desire. Fear.
The parts of ourselves we would rather ignore.

I no longer try to fight the shadow.
I try to move with it.

My painting emerges from that space.

There is no fixed subject.
Only matter — resistance, pressure, density, color.
I work against the canvas as one works against gravity.

This is not about delivering a message.
It is a necessity.
A way to transform inner tension into form.

The world we live in is saturated with pressure —
to perform, to conform, to react.
Painting becomes my response to that pressure.

I once composed music.
Entire symphonies seemed to exist inside me.
That world is silent now.

What remains is the act of pressing form out of tension.

Art, for me, is a tool of grounding.
A way to stay in contact with what is real.

And what is real is not abstract.

It is dense.
It resists.
It demands presence.

Only what is lived, embodied, and shared
has weight.

Everything else dissolves.